Je sais. Ça dérange. Et pourtant, c’est souvent le premier point que je soulève quand des CPE, directeurs ou enseignants m’interpellent sur le sujet.
Thérapeute systémicienne au Vésinet, je reçois régulièrement des enfants harcélés. Et ce que je vois, c’est que notre réflexe collectif d’intervenir, de protéger, de sanctionner est bienveillant.
Mais il ne suffit pas toujours.
Philippe Aïm, psychiatre, thérapeute stratégique et intervenant à LACT, où je me suis formée le formule avec une clarté qui fait mal :
Si on dit à cet enfant » ne fais rien, on s’en occupe « … quel message lui envoie-t-on vraiment ?
Celui qu’il n’est pas capable de s’en sortir.
On croit aider. On apprend l’impuissance.
➡️ Ce que vivent ces enfants
Une jeune patiente qu’il évoque : à chaque insulte à la sortie du collège, elle partait en courant. Pas parce qu’elle était faible. Parce que personne ne lui avait jamais appris quoi faire autrement.
Chaque fois qu’elle en parlait, un adulte prenait le relais.
➡️ Ce qu’ils demandent vraiment
Leur vraie question n’est pas « fais quelque chose pour moi ».
C’est : « qu’est-ce que MOI je peux faire ? »
Ils ne veulent pas être sauvés. Ils veulent être outillés.
➡️ Le piège de la sanction
Sanctionner sans outiller crée une double impasse.
La victime apprend qu’elle est incapable. L’agresseur se sent injustement puni, se retourne contre quelqu’un d’autre — souvent en ligne.
On n’arrête pas une escalade en l’alimentant.
Ce qui change tout, c’est de redonner à l’enfant son pouvoir d’agir. L’adulte reste là …. mais comme entraîneur, pas comme sauveur.
C’est le cœur de ce que je pratique en cabinet avec l’approche systémique.
Aïm, P. in Vitry, G. (Dir.) et al. (2024). Le grand livre du diagnostic systémique et de l’intervention stratégique. Dunod.