Je sais. La phrase est inconfortable.
Surtout quand on a vu les dégâts du harcèlement.
Surtout quand, comme moi dans mon cabinet du vésinet, on a accompagné des enfants humiliés, isolés, abîmés pendant des mois.
Mais comprendre n’a jamais voulu dire excuser.
Dans la plupart des situations, l’ado qui harcèle n’est pas un “pervers” ou un “psychopathe”.
C’est souvent un jeune pris dans une logique de groupe, de peur, de domination, de honte ou de maladresse.
Un jeune qui a trouvé une solution, certes destructrice, pour survivre dans la cour d’école.
Philippe Aïm, psychiatre et thérapeute stratégique, intervenant chez LACT le dit clairement : les ados réellement psychopathes ou pervers sont rarissimes.
En revanche, vouloir appartenir au groupe, faire rire, dominer le jeu social, se venger d’une blessure ou d’un sentiment d’injustice…
ça, c’est beaucoup plus fréquent.
Et c’est précisément pour cela que le harcèlement est si fréquent.
1️⃣ Il y a celui qui harcèle pour prendre une place dans la hiérarchie sociale. C’est instinctif, archaïque. Même les animaux ont leurs hiérarchies.
2️⃣ Celui qui veut faire rire, sans toujours mesurer jusqu’où il blesse. Pas de la cruauté. De la maladresse relationnelle.
3️⃣ Celui qui attaque l’autre parce que l’autre lui renvoie ce qu’il ne supporte pas chez lui. Il embête le premier de la classe parce que ses bonnes notes lui rappellent ses propres échecs. Il se fait justice, maladroitement.
4️⃣ Et puis ceux qui suivent, simplement parce qu’ils ont peur d’être les prochains exclus. Soudés au groupe non par cruauté, mais par terreur de la solitude.
Encore une fois : cela n’excuse rien.
Mais si on réduit le harceleur à une étiquette, on passe à côté de ce qui maintient vraiment le problème en place : le groupe, les témoins, les alliances, la peur, la honte, le silence.
L’approche systémique ne cherche pas à désigner un « méchant » et un « gentil ».
Elle cherche à comprendre comment une dynamique s’installe, comment elle se nourrit, et surtout comment on peut l’interrompre.
Parce qu’un comportement de harcèlement doit être stoppé.
Fermement.
Mais pour qu’il ne recommence pas ailleurs, avec un autre enfant, dans un autre groupe, il faut aussi comprendre à quoi il servait dans le système.
C’est tout l’enjeu du travail systémique sur le harcèlement scolaire.
Aïm, P. in Vitry, G. (Dir.) et al. (2024). Le grand livre du diagnostic systémique et de l’intervention stratégique. Dunod.