Octobre Rose : la maladie m’a beaucoup pris…

Mais ce qu’elle m’a donné est inestimable…

À six ans, j’ai reçu une professeure que je n’avais pas choisie : la maladie.
Pendant une décennie, elle m’a accompagnée, m’imposant un programme d’apprentissage rigoureux et non négociable.

Les hôpitaux sont devenus ma seconde maison. Les couloirs aseptisés, mon terrain de jeu. Les perfusions et les examens, ma routine. Cette professeure était exigeante, parfois cruelle, mais d’une efficacité redoutable pour enseigner ce que nulle école ne pouvait m’apprendre.

Elle m’a d’abord semblé injuste. Pourquoi moi ? Qu’avais-je fait pour mériter cette compagne indésirable qui me privait d’une enfance ordinaire ?

Pourtant, avec le recul, je mesure la profondeur de ses enseignements.

La maladie m’a appris la résilience. Cette petite fille que j’étais, je l’observe aujourd’hui avec admiration. Son courage face à l’adversité m’inspire encore quand je traverse des moments difficiles.

Elle m’a offert une vision privilégiée de l’humanité dans sa diversité. Dans ces chambres d’hôpital, j’ai côtoyé des enfants de tous horizons, de toutes origines sociales. Certains entourés d’une famille omniprésente, d’autres plus solitaires, leurs parents contraints de travailler ou vivant trop loin.

Mais surtout, la maladie a tissé des liens d’une intensité rare avec ma famille. Mes parents, mes frères, soudés autour de moi, ont développé une solidarité et une présence dont je bénéficie encore aujourd’hui.

L’approche systémique nous enseigne que toute épreuve, aussi douloureuse soit-elle, peut devenir un levier de transformation. Ce n’est pas la difficulté elle-même qui nous définit, mais la façon dont nous l’intégrons dans notre histoire.

Aujourd’hui, quand j’accompagne des personnes malades, je ne ressens pas cette gêne ou cette distance que beaucoup éprouvent. Les hôpitaux ne m’effraient pas. La souffrance ne me fait pas fuir. Je sais l’habiter, l’accompagner, la traverser.

Référence : Cyrulnik, B. (1999). Un merveilleux malheur. Paris : Odile Jacob.

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