Je continue d’explorer avec humour comment notre système politique français s’enferme dans ses propres tentatives de solution. Après le « moine-soldat », voici le syndrome du « Père Noël permanent ».
– Bonjour, Monsieur le Premier ministre. Je constate que vous avez changé de costume.
– Oui, j’ai troqué l’uniforme du moine-soldat contre celui du Père Noël. Je distribue des cadeaux toute l’année : aides, subventions, boucliers… et avec les députés qui réclament chacun leur « petit paquet », ma hotte déborde.
– Et comment financez-vous cela ?
– (Ajustant sa barbe blanche) C’est la magie institutionnelle ! On emprunte. On crée des dispositifs, des niches fiscales. On promet. L’essentiel, c’est que tout le monde continue à croire un peu au miracle!
– Comme les enfants qui ne se demandent pas d’où viennent les cadeaux ?
– Exactement ! Tant qu’ils ne posent pas trop de questions …
– Qu’est-ce qui vous pousse à distribuer sans cesse ?
– (Hésitant) La peur, je crois. Peur des manifestations, de l’impopularité, des blocages. Plus je donne, plus je suis aimé…. Du moins, c’est ce que j’espère.
– Et quand certains osent dire que cette stratégie n’est plus soutenable ?
– (Fronçant les sourcils) Je les traite de Grinch, oui. Mais pour être honnête, dans ce système tout le monde réclame et personne n’aime être celui qui éteint les guirlandes.
– Si je comprends bien, votre tentative de solution est devenue le problème ?
– (Hésitant) Peut-être. Plus je donne pour apaiser, plus les attentes augmentent. Plus je joue au Père Noël, plus citoyens et surtout les élus se comportent comme des enfants qui réclament.
– (Retirant sa barbe) C’est tout notre système qui repose sur ce pacte : je donne, donc tu votes. Mais si je dis la vérité, tout s’effondre.
– La vérité étant ?
– Que nous ne sommes pas le Père Noël. Que chaque cadeau a un coût. Et que ce que nous refusons de décider aujourd’hui se reporte sur les générations futures… à qui, pour le coup, on ne fera pas de cadeau !
– Et si vous faisiez l’exact opposé de ce que vous avez toujours fait ?
– (Rangeant son costume) Ce serait risqué… mais libérateur. Sortir de ce rôle de Père Noël perpétuel qui m’épuise et qui infantilise.
– Très bien. Pour votre prochaine séance, voici la prescription paradoxale : chaque fois que vous êtes tenté de jouer au Père Noël… faites l’inverse !
– (Souriant) Vous me facturez cette séance ?
– Pour vous, Monsieur le Premier ministre, c’est gratuit. Après tout, je peux aussi jouer au Père Noël de temps en temps !
Notre système politique est pris dans une boucle où chacun agit avec de bonnes intentions — protéger, rassurer, apaiser — et pourtant, ces tentatives renforcent la dépendance collective.
Rien n’est plus difficile que de gouverner un pays où chacun critique le Père Noël en public… tout en lui glissant sa liste de souhaits en privé.