La science le prouve, notre société l’oublie.
Emma, 13 ans, entend chaque jour :
« T’es claquée au sol »,
« T’es bonne à rien »,
« Personne ne peut t’aimer »,
« Ma sal… préférée » – dit “pour rire”.
Ses parents me disaient, désemparés :
« On lui répète d’ignorer, que ce ne sont que des mots… »
Mais les mots ne sont jamais que des mots.
Notre époque a banalisé une violence verbale extrême qui, il y a trente ans, aurait choqué.
Sous couvert “d’humour” ou de “second degré”, on s’insulte entre amis, on se rabaisse pour exister.
Ce qui me frappe le plus, c’est l’appauvrissement du langage qui accompagne cette brutalité.
Quand on ne sait plus dire simplement “je suis triste”, on dit “je te fume”.
Quand on ne sait plus exprimer la colère, on humilie.
L’approche systémique le montre :
nos mots façonnent notre réalité relationnelle.
À force d’entendre “t’es nulle”, “t’es moche”, “t’es inutile”, le cerveau finit par y croire.
Ce n’est pas de l’hypersensibilité – c’est de la neuroplasticité.
Et ces blessures ne disparaissent pas avec l’âge.
Elles changent simplement de décor.
Une patiente me confiait :
« Quand je fais une erreur, mon mari me dit : “t’es vraiment stupide (ou pire..) ou quoi ?”
Il prétend que c’est de l’humour, mais ses mots me détruisent à petit feu. »
La violence verbale, quand elle devient banale, cesse d’être perçue comme violente.
Et c’est là qu’elle fait le plus de dégâts.
Nos grands-parents avaient peut-être moins de liberté d’expression,
mais ils savaient encore communiquer sans dégrader l’autre.
Parents, enseignants, adultes : rappelons aux jeunes – et à nous-mêmes –
que les mots ont un poids.
Ils sculptent l’estime de soi, les relations et la confiance.
La vraie liberté d’expression, c’est celle qui ne blesse pas inutilement.
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Rosenberg, M. B. (2016). Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs). Paris: La Découverte